Toujours son "moi" (Michaux)

Toujours son "moi"

 

Aujourd'hui, je proclame dur et sec que je suis comme ceci. Fixe là-dessus !
déclarant que je maintiendrai serré sur cette affirmation
et puis… arrive demain… a tourné le vent, ne reviendra plus
il ne s'agit pas ni d'être ni de ne pas être
il s'agit du de ce que
mais bon Dieu ! qu'on me donne donc un substantif
un maître qualificatif où je puisse me coller à jamais
mais halte-là !

 

pas de matraque sur mes antennes
mauvais chien se mord soi-même
paix à ma cabale

 

je m'affaire dans mes branchages
je me tue dans ma rage
je m'éparpille à chaque pas
je me jette dans mes pieds
je m'engloutis dans ma salive
je me damne dans mon jugement
je me pleure
je me dis : c'est bien fait !
je me hurle au secours
je me refuse l'absolution
je reprends mes supplications
je me refuse toute révision
c'est mérité
et puis au diable, au diable
et  grande fuite et crevaison dans le bénitier

 

foutu
maboule
matraque
ma trêve
il n'y aura donc pas un bras
pas un plancher pas une réponse pas une chandelle
(cependant ce fleuve qui coule de mon cœur gauche,
        immense langueur dans mon tracas)
vainement arc-bouté sur mes pieds de laine
enfoui et fuyant
fortune femme flamme
m'affole s'affole

 

affolement ne fais pas le compte
affolement n'est pas réponse
qu'on me le mette au pied du mur
sous la menace de la carabine
qu'il se trouve enfin pour de bon et s'exprime
cet être de gaz et de mystification
avec son "moi, moi, moi" toujours et tout gros dans la bouche ;
on voudrait tant penser à autre chose

 

et vous autres aussi, allez, passez votre chemin
Monsieur est absent
Monsieur est toujours absent
adieu je vous prie, il n'y a ici qu'empreintes

 

je fais pour mes écorchures la réclame qu'il faut
mais ce n'est tout de même pas si béant que ça.



Article ajouté le 2008-03-27 , consulté 297 fois

Commentaires


Catherine Roemer/weinberg site : weinberg.blog4ever.com | le 10/04/2008 à 13:50:50
Bonjour Bia

Un grand merci pour ton charmant commentaire.
Tu écris : "on voudrait tant penser à autre chose.."
Ou bien ne penser à rien, faire taire sa cervelle et faire le point de vacuité. Cela apporte une paix inexprimable. Le cri que tu as admiré a été réalisé il y a 15 ans lorsque moi aussi, j´avais envie de crier.
Amicalement
Catherine

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