TRANCHES DE VIE D'UNE LUPIQUE

TRANCHES DE VIE D'UNE LUPIQUE

Claude Roy (1915-1997)

Claude Roy (1915-1997)

Claude Roy n'a pas laissé tarir en lui la source rêveuse de l'enfance où il confie qu'il était un « petit imaginêtre ».

 

En ce temps-là j'avais douze ans
Et je les ai toujours glissés sous les années d'après
Comme des draps bien pliés et rangés
Qui sentent la lavande en grains
Dans une armoire à souvenirs
Dont les portes sont souvent fermés.

Quelques vers :


« La fourrure du chat tient le chat tout entier »
« Mais moi je m'évapore et me perds et me trouve
Et ne suis jamais sûr d'être ce que je suis. »

Adagio un poco metafisico :


Je ne
suis je le concède qu'un ciron
peu sérieux  un humain assez usagé…
Je ne
dis pas que l'Univers tien un grand compte
l'existence précaire de Claude Roy
mais moi je considère l'Univers
et cela fait passer le temps ».

Mais malgré le sourire qui tempère la détresse, il a les accents d'un homme dont les jours sont menacés, même si la pudeur de l'expression voile l'angoisse très réelle.

« ce voyageur en partance
qui ne sais pas heure de sont train
et qui a oublié où il va »

celui qui résume son destin en deux mots :

 « Inachevé j'inachèverai. »


Deux forces l'aident à supporter la précarité de chaque instant dérobé à la mort : l'amour de sa femme et la confiance dans le pouvoir des mots. Cette femme dont il ne se lasse pas de redire la douceur mystérieuse :

Songeuse retiré rieuse tempérée
flexible détournée distraite méditée
le doux beau front bombé et sa pâleur d'opale
les yeux de grande hiver et de brasero lent…

 

Et cette voix écoutée en lui, modeste et puissante :


Voix simple qui ne dit que ce qu'elle aime et nomme

aussi nue qu'une main toute habillée d'air pur,
…et qui a tous les jours raison contre la mort.

 ABSENCE

 

Ma vie où que tu sois si loin que presque mort
si loin de mon sommeil de ma main de mes yeux
dans le noir et le noir et la nuit qui t'emporte
si loin de notre été menteur mélodieux


Mon ombre te surprend dans tes changeants séjours
Si l'on te dit mon nom il glisse à travers toi
Mais la nuit donne un pois aux mots légers du jour
rôdeur aux pas absents je rentre par le toit

Mots d'amour chuchotés dans l'ombreuse épaisseur
vous éveillez un soir un parfum d'autrefois
Étoiles vous buvez dans la main du dormeur
l'eau des sources perdues aux profondeurs des bois

L'hésitante chanson de la mer au rivage
la fraîcheur aux pieds nus des dalles sans couleur
l'odeur de tes cheveux tes bras ta gorge sage
le lit comme un navire au port du lent bonheur

 
tout cela qui n'est plus feint d'exister encore
Nous croisons nos regards au-delà des distances
au-delà de l'oubli du temps et de la mort
qui nous retrouvera dans le même silence.


Va-et-vient


J'entends en moi     ouvrir     fermer     claquer
des portes     des bruits de pas dans un escalier
parler à voix basse dans un corridor
quelqu'un tousse     puis étouffe sa toux
quelqu'un vient     hésite     s'arrête
fait demi-tour     un long silence
On entend seulement une tuyauterie se plaindre
Puis de nouveau des pas     On approche
Il y a quelqu'un derrière la porte
Quelqu'un retient son souffle     puis respire à nouveau
J'entends de l'autre côté craquer le plancher
On frappe enfin     Deux coups très nets

Je vais ouvrir     Ce n'est que moi
Une fois encore quitte pour la peur
ou la déception     J'attendais donc quelqu'un
Que je n'attendais pas ?


 



16/11/2006
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