TRANCHES DE VIE D'UNE LUPIQUE

TRANCHES DE VIE D'UNE LUPIQUE

Grand Corps Malade (1977)


Attentat verbal, 2004


C'est quoi, c'est qui, ces mecs chelous qui viennent pour raconter leur vie
C'est elle, c'est lui, c'est moi, c'est nous, on vient même si t'as pas envie
Mais si t'écoutes un tout petit bout, p't-être bien que t'en sortiras ravi
Et ça c'est important pour nous, c'est grâce à ça qu'on se sent en vie

J'aime ces attaques un peu surprise, c'est un attentat verbal
On a faim de se faire entendre, moi j'ai l'appétit cannibal
Certains diront que c'est un peu naze et d'autres que c'est franchement d'la balle
Quoi qu'il se passe on poursuivra mais crois pas que ton avis m'est égal

Capable de faire irruption dans des endroits inattendus
Dans des bars et des théâtres, tu nous a déjà entendus
Mais on a déboulé aussi dans des collèges, dans des lycées
Dans des squares et dans la rue, on a posé, toi-même tu sais

Le principe est clair : lâcher des textes là ou et quand tu t'yattends pas
Claquer des mots un peu partout et que ça pète comme un attentat
Dans des salles ou en plein air, laisser des traces, faire des ravages
Va demander au 129H ce qu'on appelle le slam sauvage

On pose des textes énervés, ou de geon-pi sentimental
On aborde un peu tous les thêmes avec ou sans instrumental
Mentalement prêt à proposer partout un intermède vocal
Une interruption sonore, un homicide amical

Si je vois de l'écoute dans tes yeux, je voudrai te dire merci
Et tu pourras me croiser partout sauf sur la scène de Bercy
J'ai des paroles pour te réveiller et j'en ai pour te bercer
Je te les offre sous les projecteurs ou dans le RER C

Le plaisir de capter des regards un peu destabilisés
Qui se disent ceux-là, ils ont pas peur de se ridiculiser
Le plaisir de capter des regards parfois remplis d'émotion
Dans ces cas là, on sait qu'on a passé le test avec mention

On prend la parole à l'apéro et on la prend au dessert
Mais si les plus sceptiques nous disent "mais à quoi ça sert ?"
A pas grand chose c'est vrai, j'avoue, si ce n'est à partager
Des bons mots, des bons moments et des lyrics enragés

C'est un poème, c'est une chanson, c'est du rap ou du slam
Ferait tellement plaisir qu'après ce texte tu t'enflammes
Appelle ça un ego-trip ou appelle ça du freestyle
On est solide comme de la brique et fragile comme du cristal

Les mots sont nos alliés, on les aime comme maître Capello
Puis on les laisse s'envoler en musique ou a capella
Et comme des flèches ils tracent, lancés par nos cordes vocales
Puis on les entend résonner comme une bombe dans un bocal

On arrive comme un accident dans des endroits insolites
Tu nous verras souvent en groupe, on vient rarement en soliste
Et même si tu te sens à l'abris, il faut jamais que tu t'emballes
Tu peux subir à tout moment, un attentat verbal

Maintenant tu sais qui c'est, ces mecs chelous qui viennent pour raconter leur vie
C'est elle, c'est lui, c'est moi, c'est nous, on vient même si t'as pas envie
Mais si t'écoutes un tout petit bout, p't-être bien que t'en sortiras ravi
Et ça c'est important pour nous, c'est grâce à ça qu'on se sent en vie

                                                                          

Toucher l'instant

                   
On a trempé notre plume dans notre envie de changer de vision
De prendre une route parallèle, comme une furtive évasion
On a trempé notre plume et est-ce vraiment une hérésie
De se dire qu'on assume et qu'on écrit de la poésie
Il existe paraît-il, un instant dans l'écriture
Qui oublie la page blanche et efface les ratures
Un véritable état second, une espèce de transe
Qui apparaît mystérieusement et s'envole en silence
Que l'on rape ou que l'on slame, on recherche ce moment
Il allume une flamme qui nous éclaire brièvement
Cette flamme est la preuve, laisse moi t'en faire une démo
Qu'il est possible de combattre le mal par les mots
C'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l'espace-temps
Les moment rares et irréels que la quiétude inonde
Rouda, n'oublie jamais notre parole du bout du monde
On ressent comme une coupure dans la vie, comme un rêve
On oublie les coups durs de la vie, comme une trêve
C'est un phénomène puissant, je ne te parle pas d'inspiration
Mais d'un souffle plus profond comme une seconde respiration
On voit et on entend l'encre devenir vivante
On goûte et on sent la saveur d'une rime errante
On touche du doigt l'instant qui nous enveloppe de sa puissance
C'est sans cesse la renaissance de l'essence même de nos cinq sens
C'est le moment où on passe de l'autre côté des paysages
On sympathise avec le vent et on tutoie les nuages
Il fait jour en pleine nuit et il fait nuit en plein jour
Profite de cet instant, il ne durera pas toujours
C'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l'espace-temps
Le moment où le voile se lève et la magie s'élance
Là où j'ai croisé Souleymane au bout du sixième silence
Si on a pas atteint le Nirvana, on doit en être au seuil
Pourtant je suis simplement assis là devant ma feuille
Peut-être que cet instant n'existe que dans mon esprit
Et que je suis complètement mythomane lorsque j'écris
Mais laisse moi mon stylo, y'a pas moyen que je m'arrête
J'ai une envie d'écrire comme t'as une envie de cigarette
Et pour m'enlever ce désir je te demanderais de repasser
Car tant que je pourrais écrire je continuerai de penser
Que c'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l'espace-temps
Les moments que l'on redécouvre, que l'on connaît plus ou moins
Tu l'as déjà touché Jacky, j'en suis témoin
On a trempé notre plume dans notre envie de changer de vision
De prendre une route parallèle, comme une furtive évasion

On a trempé notre plume et est-ce vraiment une hérésie

De se dire qu'on assume et qu'on écrit de la poésie.


Rencontres


C'était sur une grande route, je marchais là depuis des jours
Voire des semaines ou des mois, je marchais là depuis toujours
Une route pleine de virages, des trajectoires qui dévient
Un chemin un peu bizarre, un peu tordu, comme la vie

Evidemment, j'étais pas tout seul, j'avais envie de faire connaissance,
Y'avait un tas de personnes et personne marchait dans le même sens
Alors je continuais tout droit mais un doute s'était installé
Je savais pas ce que je foutais là, encore moins où je devais aller

Mais en chemin, au fil du temps, j'ai fait des sacrées rencontres
Des trucs impressionnants, faut absolument que je vous raconte
Ces personnages que j'ai croisés, c'est pas vraiment des êtres humains
Tu peux parler avec eux mais jamais leur serrer la main

Tout d'abord sur mon parcours j'ai rencontré l'innocence
Un être doux, très gentil mais qui manque un peu d'expérience
On a marché un petit moment, moins longtemps que j'aurais cru
J'ai rencontré d'autres éléments et l'innocence a disparu

A un moment, sur mon chemin, j'ai rencontré le sport
Un mec physique, un peu grande gueule mais auprès de qui tu deviens fort
Pour des raisons techniques on a dû se quitter, c'était dur
Mais finalement c'est bien comme çà, pis le sport ça donne des courbatures

J'ai rencontré la poésie, elle avait un air bien prétentieux
Elle prétendait qu'avec les mots on pouvait traverser les cieux
Je lui ai dit "Je t'ai déjà croisée et franchement tu vaux pas le coup
On m'a parlé de toi à l'école et t'avais vraiment l'air relou"

Mais la poésie a insisté et m'a rattrapé sous d'autres formes
J'ai compris qu'elle était cool et qu'on pouvait braver ses normes
Je lui ai demandé "Tu penses qu'on peut vivre ensemble ? Je crois que je suis accroc"
Elle m'a dit "T'inquiète, le monde appartient à ceux qui rêvent trop"

Puis j'ai rencontré la détresse et franchement elle m'a saoulé
On a discuté vite fait, mais rapidement je l'ai refoulée
Elle a plein de certitudes sous ses grands airs pleins de tension
Mais vous savez quoi : la détresse, elle a pas de conversation

A un moment, sur ma route, j'ai rencontré l'amour
Je lui ai dit "Tiens tu tombes bien, je veux te parler depuis toujours
Dans l'absolu, t'es une bonne idée mais dans les faits, c'est un peu nul
Tu pars en couille une fois sur deux, faudrait que tu retravailles ta formule"

L'amour m'a dit "Ecoute petit, ça fait des siècles que je fais mon taf
Alors tu me parles sur un autre ton si tu veux pas te manger des baffes
Moi je veux bien être gentil mais faut que chacun y mette du sien
Les humains ne font aucun effort et moi je suis pas un magicien"

On s'est embrouillé un petit moment et c'est là que je me suis rendu compte
Que l'amour était sympa mais que quand même il se la raconte
Puis il m'a dit qu'il devait partir, il avait des rendez-vous par centaines
Et ce soir, il devait dîner chez sa demi-soeur, la haine

Avant de partir, j'ai pas bien compris il m'a conseille d'y croire toujours
Puis il s'est éloigné sans se retourner, c'étaient les derniers mots d'amour
Je suis content de l'avoir connu, çà je l'ai bien réalisé
Et je sais qu'un de ces quatre, on sera amené à se recroiser

Un peu plus tard sur mon chemin, j'ai rencontré la tendresse
Ce qui reste de l'amour derrière les barrières que le temps dresse
Un peu plus tard sur mon chemin, j'ai rencontré la nostalgie
La fiancée des bons souvenirs qu'on éclaire à la bougie

Assez tôt sur mon parcours, j'avais rencontré l'amitié
Et jusqu'à ce jour, elle marche toujours à mes côtés
Avec elle je me tape des barres et on connaît pas la routine
Maintenant c'est sûr, l'amitié, c'est vraiment ma meilleure copine

J'ai rencontré l'avenir, mais il est resté très mystérieux
Il avait la voix déformée et un masque sur les yeux
Pas moyen de mieux le connaître, il m'a laissé aucune piste
Je sais pas à quoi il ressemble mais au moins je sais qu'il existe

J'ai rencontré quelques peines, j'ai rencontré beaucoup de joie
C'est parfois une question de chance, souvent une histoire de choix
Je suis pas au bout de mes surprises, là-dessus y'a aucun doute
Et tous les jours je continue d'apprendre les codes de ma route

C'était sur une grande route, je marchais là depuis des jours
Voire des semaines ou des mois, je marchais là depuis toujours
Une route pleine de virages, de trajectoires qui dévient
Un chemin un peu bizarre, un peu tordu, un peu comme la vie.

Les voyages en train

Je crois que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train.
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un.
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare.
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard.

Les trains démarrent souvent au moment où on s'y attend le moins.
Et l'histoire d'amour t'emporte sous l'oeil impuissant des témoins.
Les témoins, c'est tes potes qui te disent au revoir sur le quai.
Ils regardent le train s'éloigner avec un sourire inquiet.
Toi aussi tu leur fais signe et t'imagines leurs commentaires.
Certains pensent que tu te plantes, que t'as pas les pieds sur terre.
Chacun y va de son pronostic sur la durée du voyage.
Pour la plupart, le train va dérailler dès le premier orage.

Le grand amour change forcément ton comportement.
Dès le premier jour, faut bien choisir ton compartiment.
Siège couloir ou contre la vitre, il faut trouver la bonne place.
Tu choisis quoi : une love story de première ou de seconde classe.
Dans les premiers kilomètres tu n'as d'yeux que pour son visage.
Tu calcules pas derrière la fenêtre le défilé des paysages.
Tu te sens vivant, tu te sens léger et tu ne vois pas passer l'heure.
T'es tellement bien que t'as presque envie d'embrasser le contrôleur.

Mais la magie ne dure qu'un temps et ton histoire bat de l'aile.
Toi tu dis que tu n'y es pour rien et que c'est sa faute à elle.
Le ronronnement du train te saoule et chaque virage t'écoeure.
Faut que tu te lèves, que tu marches, tu vas te dégourdir le coeur.
Et le train ralentit, c'est déjà la fin de ton histoire.
En plus t'es comme un con, tes potes sont restés à l'autre gare.
Tu dis au revoir à celle que t'appelleras désormais ton ex.
Dans son agenda, sur ton nom, elle va passer un coup de T-pex.

C'est vrai que les histoires d'amour c'est comme les voyages en train
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un.
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare.
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard.

Pour beaucoup la vie se résume à essayer de monter dans un train.
A connaître ce qu'est l'amour et se découvrir plein d'entrain.
Pour beaucoup l'objectif est d'arriver à la bonne heure.
Pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur.
Il est facile de prendre un train, encore faut-il prendre le bon.
Moi je suis monté dans 2-3 rames, mais c'était pas le bon wagon.
Car les trains sont capricieux et certains sont inaccessibles.
Et je ne crois pas tout le temps qu'"avec la SNCF c'est possible."

Y'a ceux pour qui les trains sont toujours en grève.
Et leurs histoires d'amour n'existent que dans leurs rêves.
Et y'a ceux qui foncent dans le premier train sans faire attention.
Mais forcément ils descendront déçus à la prochaine station.
Y'a celles qui flippent de s'engager parce qu'elles sont trop émotives.
Pour elles c'est trop risqué de s'accrocher à la locomotive.
Et y'a les aventuriers qu'enchaînent voyage sur voyage.
Dès qu'une histoire est terminée, ils attaquent une autre page.

Moi après mon seul vrai voyage, j'ai souffert pendant des mois.
On s'est quitté d'un commun accord... mais elle était plus d'accord que moi.
Depuis je traîne sur le quai et je regarde les trains au départ.
Y'a des portes qui s'ouvrent mais dans une gare, je me sens à part.

Y paraît que les voyages en train finissent mal en général.
Si pour toi c'est le cas, accroche-toi et garde le moral.
Car une chose est certaine, y'aura toujours un terminus.
Maintenant tu es prévenu, la prochaine fois, tu prendras le bus.


*
 


11/12/2006
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